Photo E.E., Les Fougis 2009: représentation d'archétypes qui émergent de la brume

S'avançant parmi les sculptures monumentales au pied des monts d'Auvergne, le visiteur peut reconnaître de lui-même, des représentations épurées de dragons, ou de créatures issues de la mythologie – s’élevant souvent à plus de dix mètres de hauteur – au milieu d'une nature idyllique. Sur la colline, il aperçoit aussi un ancien manoir de chasse construit aux temps reculés des ducs de Bourbons.

Le mariage de styles diamétralement opposés, comme celui de ces sculptures féériques modernes avec l’architecture seigneuriale de la Renaissance évoque volontiers une imagerie de rêve ...

Des artistes ont déjà souvent par le passé, tenté de reproduire l’athmosphère des songes dans leurs œuvres, délivrées du contrôle de la raison. Ils se sont efforcés d'échapper ainsi à la tyrannie de la conscience. Au début du XXe siècle, l’imagination débordante elle-même, fut consacrée comme principe esthétique général du mouvement Surréaliste. Finalement, ce sont pratiquement tous les sujets anecdotiques de la culture occidentale qui furent peu à peu remplacés par le jeu de la fantaisie dans les arts plastiques.

Erich Engelbrecht mérite toutefois, compte tenu de ce développement historique, une place très spéciale parmi les Surréalistes. Car depuis ses débuts en 1960, son oeuvre n’a pas tant été le reflet de sa fantaisie personnelle, que de la psychologie elle-même. Chacune de ses créations a été conçue comme une représentation monumentale de l'esprit humain, tel qu'il a effectivement été décrit par les psychologues et les philosophes modernes, en particulier par Carl Jung. Ainsi pour Erich Engelbrecht, le lien entre la perception subconsciente d'une part, et la conception d’idées individuelles d'autre part, est à la fois le sujet de son œuvre entière, le sujet de chacune de ses réalisations, et en fin de compte, le sujet de l’intelligence humaine elle-même. Dans ces œuvres allégoriques donc, les considérations esthétiques sont ordonnées par les impératifs thématiques jusqu’au plus haut point. Pour saisir ce qui rend ces créations remarquables, il faut par conséquent observer comment elles sont intégrées dans un langage de formes « archétypiques1 » très particulier.

La forme d’un oisillon gigantesque qui reçoit la becquée, intégrée à la statue du "Forgeron", nous place par exemple devant le processus symbolisé non sans humour, au cours duquel les idées développent nécessairement une tournure convenable, avant de pouvoir enfin sortir de l’indicible.

Ailleurs, il y a ces "Guerriers-fauves" macabres qui sont dressés, brandissant un mystérieux poisson. Leur danse en dépit des mutilations, et l’exhibition de leur prise, nous frappe dans cette scène, comme la figuration d’un triomphe inespéré. Il correspond à la découverte par l’homme des vérités essentielles dissimulées au fond de lui-même. C’est la joie soudaine d’avoir trouvé une issue de secours, à sa déraison destructrice….

Mais il faudrait sans doute retourner souvent voir cette exposition, pour saisir à quel point l’œuvre de Engelbrecht nous correspond intimement.

W.E.

1 Jung, C. G., (1934–1954). The Archetypes and the Collective Unconscious.
(1981 2nd ed. Collected Works Vol.9 Part 1), Princeton, N.J.: Bollingen.

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C’est Sigmund Freud qui le premier en 1899, identifie les rêves de l’homme comme une manifestation auto-descriptive
de son état d’âme
André Breton, s'intéresse aux recherches neurologiques de Freud pendant la 1ère guerre mondiale. Il s'en inspire pour la création du 1er "Manifeste Surréaliste" en 1924 - un mouvement artistique qu'il envisage comme un développement plus "sérieux" que le "Dada".
Salvador Dali, entre autres se servira à sa suite, des "automatismes psychiques", pour créer son propre style de fantaisie surréaliste: "la paranoia critique"
Dali - Paranoia Critique
Freud (au centre, avec à sa gauche l'américain Stanley Hall) entamme une collaboration fructueuse avec C.G. Jung (à droite) entre 1906 et 1914, mais leurs centres d'intérêts respectifs s'écartent ensuite radicalement.
Les recherches pionnières de Jung en psychologie, aboutiront surtout au succès de ses vues philosophiques - mais avant tout dans les cultures anglo-saxonne et germanique.